{:fr}TAKRIST NAKAL{:}{:en}TAKRIST NAKAL{:}


{:fr}Héros et pionnier de la musique touareg, Abdallah Oumbadougou nous a quitté le 4 janvier 2020…

Abdallah avait reformé son groupe d’origine en 2019, celui avec qui il a commencé : TAKRIST NAKAL.

TAKRIST NAKAL est un groupe de musique traditionnelle et moderne de l’air et de l’Azawak née dans les camps de formation militaire!

Le groupe composé de différents artistes touaregs du Niger dont le fils d’Abdallah seront en tournée hommage à ce grand artiste TOUAREG qu’est Abdallah Oumbadougou à partir de 2020.

Dans son dernier album, il rassemble des chansons inspirées des événements vécus au cours des six dernières années par sa communauté au nord du Niger. Enregistré par le collectif français Culture et Résistance, qui l’accompagnait et le soutenait depuis l’aventure Desert Rebel, ses chansons abordent les questions préoccupantes auxquelles sont confrontés les Touaregs et autres nomades du Sahara, et dont Abdallah nous offre un éclairage lucide et concerné.

Le Nigérien Abdallah Oumbadougou est un pionnier du blues rock touareg. Au même titre que les Maliens du groupe Tinariwen, il est l’un des inventeurs de cette musique illustrée aujourd’hui par de nombreux musiciens du désert : Bombino (disciple d’Abdallah), Tamikrest, Terakaft, Tidawt, Toumast et autres Atri N’Assouf. Ces groupes, qui évoluent en Europe et partout dans le monde, s’apprécient et se côtoient volontiers. Pas un musicien ne manquerait le concert d’un autre, lequel bien souvent l’invite à participer au spectacle. Musicalement, Abdallah Oumbadougou s’est démarqué, notamment de Tinariwen, grâce au fructueux compagnonnage qu’il entretient avec Daniel Jamet, depuis le projet Desert Rebel. Réalisateur artistique de l’album Zozodinga, ce dernier, l’un des piliers de feu la Mano Negra, a apporté sa marque, façonnant la direction musicale d’un disque parfaitement réussi, dans des couleurs parfois délibérément rock.

Abdallah Oumbadougou fait partie des anciens et l’on respecte son autorité morale. Chacun connaît son expérience et c’est non sans une certaine admiration qu’est évoqué son parcours. Dans les années quatre-vingt, les gouvernements malien et nigérien, hostiles à l’unité et à la reconnaissance des Touaregs, les chassaient des zones de nomadisme où depuis des générations circulaient clans et familles à travers le Sahara. Aux yeux des Algériens, les jeunes exilés qui hantaient les abords des villes en quête de travail, grattant la guitare autour d’un petit foyer creusé à même le sol pour faire le thé amer, n’étaient que des chômeurs. D’où le terme “ishumar” désignant la musique qu’ils jouaient sur des guitares de fortune. Appelés en Libye, nombre de jeunes Touaregs allaient être enrôlés par l’ex-guide Kadhafi au profit de sonjihad. Beaucoup d’entre eux y laissèrent la vie. Et dans les camps d’entraînement, les jeunes combattants de la cause touareg apprirent à manier tour à tour la Kalashnikov et la guitare électrique.

Durant les cinq années de guerre de résistance au Niger (de 1990 à 1995), les chansons d’Abdallah Oumbadougou ont fourni des messages aux unités de combattants touaregs éparpillées dans le désert. Elles ont permis d’informer les familles sur leurs positions, facilitant le ravitaillement des petits groupes mobiles. Elles ont consolidé l’espoir et la détermination au sein des clans. Elles ont aussi contribué à l’unification des différents groupes armés contre la dictature nigérienne. Avec la fin de la grande rébellion, les pressions militaires et politiques s’étant relâchées, elles n’ont cessé d’exhorter à la construction d’un avenir pour les générations futures.

Sorti de la clandestinité, Abdallah retrouve sa famille à Agadez. Dès lors, sa guitare va remplacer son arme, définitivement. De sa voix, bien connue pour avoir fait le tour des campements du désert sur des cassettes dupliquées à la main, il prône l’unité. Opposé au morcellement en factions ralliées à quelques chefs rebelles, il ne soutient aucun parti, si ce n’est celui de la culture, de l’art et de la poésie. Le peu d’argent qu’il touche grâce à sa musique sert à l’éducation des jeunes générations de Touaregs. Grandis aux abords des villes, la plupart d’entre eux sont frappés de désœuvrement : pas d’école, des pâturages desséchés, des animaux toujours plus maigres, et puis le vent de sable cinglant du désert… Pour eux, Abdallah Oumbadougou crée deux petites écoles de musique, la première à Arlit en 2000, la deuxième en 2003 à Agadez, où vit la moitié de sa famille.

C’est là qu’avait vraiment démarré l’aventure Desert Rebel. Initié par l’“activiste culturel” Farid Merabet, directeur du développement et des relations extérieures d’Afric.tv, et le cinéaste François Bergeron, ce projet solidaire réunissait des membres du groupe d’Abdallah, Tagueyt Takrist Nakal (Construire le pays, fondé en 1987 en Libye), avec Daniel Jamet, ex-guitariste soliste de la Mano Negra, Amazigh Kateb, ex-chanteur de Gnawa Diffusion, et Guizmo, chanteur du groupe Tryo. En 2005 et 2006, Desert Rebel sensibilisa les publics du monde à la question touareg par ses concerts internationaux, accompagné d’un disque puissant et d’un film, signé François Bergeron, témoin de l’aventure. Dans ce film, les principaux acteurs de la rébellion touareg au Niger relisent l’Histoire de leur point de vue. Mais la nouvelle insurrection de 2007 au Nord-Niger change la donne. Abdallah, menacé, doit rester en Europe alors que ses musiciens sont au pays. Le coup d’État de février 2010 destituant le président Mamadou Tandja, qui voulait changer la Constitution pour rester au pouvoir contre l’avis de tous, est un soulagement. Avec l’arrivée d’un Touareg au poste de Premier ministre, les populations du désert se sentent enfin représentées.

Dans son album Zozodinga, plusieurs chansons d’Abdallah Oumbadougou reprennent un thème qui lui est cher : la nécessité de l’union des peuples touaregs. C’est le cas de Alaghat toumast (Nation touareg) ou de Gechi Charbi, un appel aux Touaregs afin qu’ils prennent en main leur destin et libèrent les terres qui appartiennent à leurs ancêtres. D’autres chansons réclament la paix. Sans cette paix, dit Abdallah, il n’y a pas de remède au désespoir de son peuple, confronté à l’avancée du désert, aux sécheresses successives décimant le cheptel, à la cupidité prédatrice des exploitants miniers, aux stratégies géopolitiques des grandes puissances… Les moyens susceptibles de calmer la souffrance des nomades sont à portée de main. Encore faut-il la volonté de les mettre en œuvre. De nouvelles thématiques concernant l’environnement et la survie des Touaregs prennent également une importance particulière dans ce disque.

{:}{:en}Hero of Tuareg music, Abdallah Oumbadougou left us on January 4, 2020…

Abdallah had reformed his original band in 2019, the one with whom he began TAKRIST NAKAL.

The band, composed of various Tuareg artists (amongst them Abdallah’s son), will begin touring in 2020 to pay tribute to the great TUAREG artist that is Abdallah Oumbadougou.

In his latest album, he brought together songs inspired by events in the past six years by his community in northern Niger. Recorded by the French collective Culture et Résistance, which accompanied and supported him since the adventure Desert Rebel, his songs address the troubling issues facing the Tuareg and other nomads of the Sahara, and which Abdullah offers us a lucid lighting and concerned .

Nigerian Abdallah Oumbadougou is a pioneer of Tuareg blues rock. Like the Malians of  Tinariwen, he is one of the inventors of this music today illustrated by many desert musicians: Bombino (disciple of Abdallah), Tamikrest, Terakaft, Tidawt, Toumast and other Atri N ‘Assouf. These groups, which evolve in Europe and all over the world, appreciate and mix with each other. Not a musician would miss the concert of another, which often invites him to participate in the show. Musically, Abdallah Oumbadougou distinguished himself, especially Tinariwen, thanks to the fruitful companionship he has with Daniel Jamet, since the Desert Rebel project. Artistic director of the album Zozodinga, the latter, one of the pillars of the late Mano Negra, has made his mark, shaping the musical direction of a perfectly successful record, in colors sometimes deliberately rock.

Abdallah Oumbadougou is one of the elders and his moral authority is respected. Everyone knows his experience and it is not without a certain admiration that is evoked his career. In the 1980s, the Malian and Nigerian governments, hostile to the unity and recognition of the Tuaregs, chased them away from nomadic areas where for generations clans and families had been circulating throughout the Sahara. In the eyes of Algerians, young exiles who haunted the outskirts of cities in search of work, scratching the guitar around a small home dug on the ground to make bitter tea, were only unemployed. Hence the term « ishumar » designating the music they played on makeshift guitars. Called to Libya, a number of young Tuaregs were going to be recruited by the ex-Gaddafi guide in favor of his jihad. Many of them died there. And in the training camps, the young fighters of the Tuareg cause learned how to handle the Kalashnikov and the electric guitar in turn.

During the five years of resistance war in Niger (from 1990 to 1995), Abdallah Oumbadougou’s songs provided messages to Tuareg fighter units scattered in the desert. They made it possible to inform the families about their positions, facilitating the supply of small mobile groups. They have consolidated hope and determination within the clans. They also contributed to the unification of the different armed groups against the Nigerian dictatorship. With the end of the Great Rebellion, with military and political pressures easing, they have consistently urged the building of a future for future generations.

Out of hiding, Abdallah finds his family in Agadez. From then on, his guitar will replace his weapon, definitely. In his voice, well known for having toured the desert camps on duplicate cassettes by hand, he advocates unity. Opposed to division into factions rallied to some rebel leaders, he supports no party, except that of culture, art and poetry. The little money he receives through his music is used to educate the younger generations of Tuaregs. Growing up on the outskirts of cities, most of them are struck with idleness: no school, dry pastures, ever leaner animals, and then the stinging sand of the desert … For them, Abdallah Oumbadougou creates two small music schools, the first in Arlit in 2000, the second in 2003 in Agadez, where half of his family lives.

This is where the Desert Rebel adventure really started. Initiated by « cultural activist » Farid Merabet, director of development and external relations of Afric.tv, and filmmaker François Bergeron, this solidarity project brought together members of Abdallah’s group, Tagueyt Takrist Nakal (Construire le pays, founded in 1987 in Libya), with Daniel Jamet, ex-solo guitarist of Mano Negra, Amazigh Kateb, former singer of Gnawa Diffusion, and Guizmo, singer of the group Tryo. In 2005 and 2006, Desert Rebel sensitized the audiences of the world to the Tuareg question by its international concerts, accompanied by a powerful record and a film, signed François Bergeron, witness of the adventure. In this film, the main actors of the Tuareg rebellion in Niger read the story from their point of view. But the new insurgency of 2007 in North-Niger changes the situation. Abdallah, threatened, must remain in Europe while his musicians are in the country. The coup of February 2010 deposing President Mamadou Tandja, who wanted to change the Constitution to stay in power against the advice of all, is a relief. With the arrival of a Touareg as prime minister, the desert population finally feel represented.{:}


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