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Héros et pionnier de la musique touareg, Abdallah Oumbadougou revient sur scène après plusieurs années d’absence…

Aujourd’hui, en 2019, Abdallah reforme son groupe d’origine, celui avec qui il a commencé, à savoir TAKRIST NAKAL et est prêt à repartir sur les routes, alors ne manquez pas de les retrouver sur scène.

TAKRIST NAKAL est un groupe de musique traditionnelle et moderne de l’air et de l’Azawak née dans les camps de formation militaire!

Dans son dernier album, il rassemble des chansons inspirées des événements vécus au cours des six dernières années par sa communauté au nord du Niger. Enregistré par le collectif français Culture et Résistance, qui l’accompagnait et le soutenait depuis l’aventure Desert Rebel, ses chansons abordent les questions préoccupantes auxquelles sont confrontés les Touaregs et autres nomades du Sahara, et dont Abdallah nous offre un éclairage lucide et concerné.

Le Nigérien Abdallah Oumbadougou est un pionnier du blues rock touareg. Au même titre que les Maliens du groupe Tinariwen, il est l’un des inventeurs de cette musique illustrée aujourd’hui par de nombreux musiciens du désert : Bombino (disciple d’Abdallah), Tamikrest, Terakaft, Tidawt, Toumast et autres Atri N’Assouf. Ces groupes, qui évoluent en Europe et partout dans le monde, s’apprécient et se côtoient volontiers. Pas un musicien ne manquerait le concert d’un autre, lequel bien souvent l’invite à participer au spectacle. Musicalement, Abdallah Oumbadougou s’est démarqué, notamment de Tinariwen, grâce au fructueux compagnonnage qu’il entretient avec Daniel Jamet, depuis le projet Desert Rebel. Réalisateur artistique de l’album Zozodinga, ce dernier, l’un des piliers de feu la Mano Negra, a apporté sa marque, façonnant la direction musicale d’un disque parfaitement réussi, dans des couleurs parfois délibérément rock.

Abdallah Oumbadougou fait partie des anciens et l’on respecte son autorité morale. Chacun connaît son expérience et c’est non sans une certaine admiration qu’est évoqué son parcours. Dans les années quatre-vingt, les gouvernements malien et nigérien, hostiles à l’unité et à la reconnaissance des Touaregs, les chassaient des zones de nomadisme où depuis des générations circulaient clans et familles à travers le Sahara. Aux yeux des Algériens, les jeunes exilés qui hantaient les abords des villes en quête de travail, grattant la guitare autour d’un petit foyer creusé à même le sol pour faire le thé amer, n’étaient que des chômeurs. D’où le terme “ishumar” désignant la musique qu’ils jouaient sur des guitares de fortune. Appelés en Libye, nombre de jeunes Touaregs allaient être enrôlés par l’ex-guide Kadhafi au profit de sonjihad. Beaucoup d’entre eux y laissèrent la vie. Et dans les camps d’entraînement, les jeunes combattants de la cause touareg apprirent à manier tour à tour la Kalashnikov et la guitare électrique.

Durant les cinq années de guerre de résistance au Niger (de 1990 à 1995), les chansons d’Abdallah Oumbadougou ont fourni des messages aux unités de combattants touaregs éparpillées dans le désert. Elles ont permis d’informer les familles sur leurs positions, facilitant le ravitaillement des petits groupes mobiles. Elles ont consolidé l’espoir et la détermination au sein des clans. Elles ont aussi contribué à l’unification des différents groupes armés contre la dictature nigérienne. Avec la fin de la grande rébellion, les pressions militaires et politiques s’étant relâchées, elles n’ont cessé d’exhorter à la construction d’un avenir pour les générations futures.

Sorti de la clandestinité, Abdallah retrouve sa famille à Agadez. Dès lors, sa guitare va remplacer son arme, définitivement. De sa voix, bien connue pour avoir fait le tour des campements du désert sur des cassettes dupliquées à la main, il prône l’unité. Opposé au morcellement en factions ralliées à quelques chefs rebelles, il ne soutient aucun parti, si ce n’est celui de la culture, de l’art et de la poésie. Le peu d’argent qu’il touche grâce à sa musique sert à l’éducation des jeunes générations de Touaregs. Grandis aux abords des villes, la plupart d’entre eux sont frappés de désœuvrement : pas d’école, des pâturages desséchés, des animaux toujours plus maigres, et puis le vent de sable cinglant du désert… Pour eux, Abdallah Oumbadougou crée deux petites écoles de musique, la première à Arlit en 2000, la deuxième en 2003 à Agadez, où vit la moitié de sa famille.

C’est là qu’avait vraiment démarré l’aventure Desert Rebel. Initié par l’“activiste culturel” Farid Merabet, directeur du développement et des relations extérieures d’Afric.tv, et le cinéaste François Bergeron, ce projet solidaire réunissait des membres du groupe d’Abdallah, Tagueyt Takrist Nakal (Construire le pays, fondé en 1987 en Libye), avec Daniel Jamet, ex-guitariste soliste de la Mano Negra, Amazigh Kateb, ex-chanteur de Gnawa Diffusion, et Guizmo, chanteur du groupe Tryo. En 2005 et 2006, Desert Rebel sensibilisa les publics du monde à la question touareg par ses concerts internationaux, accompagné d’un disque puissant et d’un film, signé François Bergeron, témoin de l’aventure. Dans ce film, les principaux acteurs de la rébellion touareg au Niger relisent l’Histoire de leur point de vue. Mais la nouvelle insurrection de 2007 au Nord-Niger change la donne. Abdallah, menacé, doit rester en Europe alors que ses musiciens sont au pays. Le coup d’État de février 2010 destituant le président Mamadou Tandja, qui voulait changer la Constitution pour rester au pouvoir contre l’avis de tous, est un soulagement. Avec l’arrivée d’un Touareg au poste de Premier ministre, les populations du désert se sentent enfin représentées.

Dans son album Zozodinga, plusieurs chansons d’Abdallah Oumbadougou reprennent un thème qui lui est cher : la nécessité de l’union des peuples touaregs. C’est le cas de Alaghat toumast (Nation touareg) ou de Gechi Charbi, un appel aux Touaregs afin qu’ils prennent en main leur destin et libèrent les terres qui appartiennent à leurs ancêtres. D’autres chansons réclament la paix. Sans cette paix, dit Abdallah, il n’y a pas de remède au désespoir de son peuple, confronté à l’avancée du désert, aux sécheresses successives décimant le cheptel, à la cupidité prédatrice des exploitants miniers, aux stratégies géopolitiques des grandes puissances… Les moyens susceptibles de calmer la souffrance des nomades sont à portée de main. Encore faut-il la volonté de les mettre en œuvre. De nouvelles thématiques concernant l’environnement et la survie des Touaregs prennent également une importance particulière dans ce disque.

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